Estelle Piot, lauréate du « Prix de l’innovation et de la recherche – Valérie André »

Estelle Piot, lauréate du « Prix de l’innovation et de la recherche – Valérie André »
Prix Femmes de l’Aéronautique et du Spatial

Le 3 décembre dernier, à l’aéroclub de France, s’est déroulée sous l’égide du Gifas et du Journal de l’Aviation, la cérémonie de remise de la première édition des Prix Femmes de l’Aéro. Le moment fort de cette soirée a été la révélation du nom des grandes lauréates des sept catégories… et la révélation de la Femme de l’Année !

Estelle Piot, adjointe du Directeur Scientifique Général, a été primée dans la catégorie « Innovation et recherche - Valérie André », catégorie dans laquelle une soixantaine de candidatures a été déposée ! Retour sur une aventure passionnante qui fait, avec brio, la démonstration que l’excellence scientifique se décline au féminin !

Annoncé au Salon du Bourget 2025, le Prix Femmes de l’Aéronautique et du Spatial vise à mettre en lumière les talents féminins qui façonnent concrètement l’avenir de notre filière.

Cette 1ère édition du Prix Femmes de l’Aéronautique et du Spatial a suscité de nombreuses vocations, puisque ce sont 218 femmes qui se sont portées candidates dans sept grandes catégories * plus un « prix spécial du jury » pour la femme de l’année, portant les noms de femmes qui incarnent la passion du ciel et de l’espace, et qui ont inspiré et continueront d’inspirer de nombreuses générations. Le Prix Femmes de l’Aéronautique et du Spatial » doit servir d’exemple à nos collègues de l’ONERA que nous encourageons vivement à faire acte de candidature lors de la prochaine édition !

Vingt-six finalistes ont, plus particulièrement, marqué le jury par la force de leur parcours, l’impact de leurs actions et la sincérité de leurs engagements. Elles incarnent la richesse et la diversité des métiers, des missions et des talents qui font vivre l’aérien au quotidien. Elles sont neuf à avoir été distinguées. Estelle Piot a partagé avec nous ses motivations ainsi que les grandes lignes de son parcours de femme ingénieure engagée dans la promotion de la filière auprès des femmes. Portrait. 

Vous avez déposé votre candidature au « Prix de l’innovation et de la recherche », quelles ont été vos motivations ?

Je travaille dans un secteur d’activité et un domaine scientifique où le pourcentage de femmes atteint difficilement les 20% ; la question de l’encouragement et de la valorisation des femmes dans la science me tient donc particulièrement à cœur. J’ai pris dès 2014 des responsabilités managériales au sein de l’ONERA, en devenant cheffe de l’unité de recherche STAT du DMPE composée initialement d’environ 8 ingénieurs et techniciens, et autant de doctorants. En dix ans sur ce poste, j’ai étendu le champ applicatif et scientifique de cette équipe, et sa taille a doublé, conduisant celle-ci à être l’une des plus importantes équipes de recherche du DMPE ; et la seule qui était dirigée par une femme. 

Depuis fin 2024, j’ai changé de poste pour devenir l’adjointe du Directeur Scientifique Général, ce qui me permet d’interagir avec l’ensemble des personnels de l’ONERA et de nombreux partenaires académiques, institutionnels et industriels, tout en maintenant mes activités scientifiques sur les domaines évoqués plus haut. L’exemple donné par les rares femmes directrices de recherche ou aux postes de responsabilité que j’ai croisées au cours de mon parcours professionnel a été très précieux pour moi, en me montrant que tous les choix d’orientation de carrière étaient envisageables. 

J’essaie donc dans mon quotidien de jouer un rôle similaire auprès de mes collègues féminines, et en particulier d’encourager les étudiantes et doctorantes que j’ai la chance de rencontrer, en les sensibilisant notamment aux différents biais de comportement souvent propres aux femmes dans notre milieu, et qu’il faut se forcer à dépasser.

Vous êtes engagée dans des actions de sensibilisation et de promotion des femmes dans la filière aéronautique et spatiale. Avez-vous réussi à convaincre des jeunes filles à s’engager dans des études d’ingénieur ?

Je participe dès que je le peux à des actions de promotion de la place des femmes dans la science, en particulier ces dernières années car, mes enfants ayant quitté la petite enfance, mon emploi du temps de mère travaillant à temps plein s’est légèrement allégé. Depuis 2019, je participe à des témoignages sur mon parcours académique et professionnel auprès de lycéennes et d’étudiantes de classes préparatoires, organisés par le réseau « Elles Bougent » et « Prepa pour Elles ». 

Je suis aussi depuis 2022 marraine sur Toulouse du programme « For Girls in Science » (https://www.fondationloreal.com/our-programs-women-science/girls-science-0) piloté par la fondation l’Oréal et l’UNESCO. Celui-ci consiste à accompagner pendant trois ans, de la seconde à la terminale, un groupe d’une dizaine d’étudiantes en provenance de différents lycées de la ville. Mon rôle consiste à témoigner auprès d’elles lors des journées de lancement et de clôture en début et fin de chaque année scolaire, et à les accompagner lors de visites au cours des vacances scolaires réalisées dans des entreprises et des laboratoires contactés via mon réseau et celui des autres marraines. Par exemple, au cours de ces deux dernières années, j’ai pu les amener visiter le centre d’assemblage de satellites d’Airbus Defence and Space, ainsi que l’usine de fabrication de drones de la PME Delair. 

D’autre part, dans le cadre de l’association « Banlieues School », je mène aussi depuis 2022 des actions de mentorat personnalisé avec des lycéennes. Avec celles-ci, j’échange par visioconférence environ une demi-heure tous les mois, tout au long de leur année de première et terminale, pour les guider dans leur questionnement d’orientation. 
La première fille que j’ai accompagnée dans ce cadre s’est décidée à se lancer dans des études d’ingénierie plutôt que de médecine, et vient depuis cette rentrée scolaire de rejoindre l’INSA Strasbourg. Je suis régulièrement en contact avec elle et elle est totalement épanouie dans ses études !

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes filles qui envisagent une carrière dans ces domaines ?

J’adresserais le message que j’exprime déjà régulièrement auprès des lycéennes avec qui j’interagis : je leur raconterais que quand j’avais leur âge, à chaque fois que j’allais admirer un ciel étoilé, je me disais « plus tard, j’irai sur Mars ! ». 

Quelques années plus tard, après avoir gagné en maturité et m’être renseignée plus précisément sur ce que coûterait, en temps et en espérance de vie, un tel voyage, j’ai décidé d’adapter légèrement mes ambitions, et de prendre soin de notre planète bleue plutôt que d’aller conquérir notre voisine rouge.  

L’expérience de quelques séances de voltige aérienne a fini de me convaincre qu’orienter ma carrière vers le domaine de l’aéronautique et du spatial était une bonne idée, en particulier en choisissant d’y mener des recherches scientifiques. Cela fait maintenant un peu plus de vingt ans que je me suis lancée dans cette aventure, et je m’en réjouis tous les jours. Je conseillerais donc à ces jeunes filles de ne surtout pas se poser trop de questions sur leur avenir, et de simplement oser suivre le chemin qu’elles créeront devant elles au fur et à mesure de leurs expériences de vie !

En savoir plus sur les lauréates : 

  • Prix de l’Innovation & de la Recherche : Estelle Piot, adjointe du Directeur Scientifique Général de l’ONERA
  • Prix du Jeune Talent – Hélène Boucher : Marie-Lou Viollet, Ingénieur d’essais Ariane 6 chez ArianeGroup
  • Prix du Management – Maryse Bastié : Véronique PAIN, Cheffe du Centre scientifique d’ArianeGroup
  • Prix des Métiers Techniques et de Terrain – Jacqueline Auriol : Maëva Guibert, soudeuse chez Airbus Atlantic
  • Prix de l’Enseignement & Transmission – Louise Faure Favier : Sandra Bouxirot, fondatrice et directrice d’une plateforme de formation, chez France-BIA
  • Prix de la Carrière – Caroline Aigle : Florence Minisclou, Directrice Générale de la division moteurs civils, chez Safran
  • Prix de l’Initiative Sociale ou Environnementale – Marie Marvingt : Sandrine Rolland, Leader des projets « Energy Efficiency and Sustainability » chez Airbus
  • Prix de la Femme de l’Année a été remis à Yannick Assouad, EVP Avionique de Thales et Présidente du Comité de Pilotage du CORAC.