Envol

Un nouveau directeur à la direction des programmes Espace

Directeur « Transport spatial » à la direction des programmes Espace
Rasika Fernando
Directeur « Transport spatial » à la direction des programmes Espace
01 avril 2025

Depuis le 3 mars 2025, Rasika Fernando occupe le poste de directeur « Transport spatial » à la direction des programmes Espace (DTP/E). Il succèdera à Gérard Ordonneau, lorsque celui-ci fera prochainement valoir ses droits à la retraite.
Rasika répond à nos questions.

Connaissiez-vous l’ONERA ? Pourquoi y avoir accepté ce poste ?

Mon parcours professionnel n’a cessé d’être jalonné de rencontres et d’expériences avec l’ONERA ! Tout d’abord en 2006, lorsque j’ai effectué mon stage de fin d’études au DAFE, ancêtre du DMPE et DAAA, auprès de Denis Sipp. Une première rencontre si enrichissante que je serais bien resté pour poursuivre en thèse. N’ayant malheureusement pas eu cette opportunité, j’ai tout de même eu la chance de faire une thèse CIFRE chez Airbus avec l’Université Pierre et Marie Curie, sur la modélisation non linéaire de la propagation d’ondes de chocs acoustiques dans les turboréacteurs.
A l’issue de ma thèse, toujours animé par la recherche, j’ai préféré saisir une nouvelle opportunité : revenir à l’ONERA en CDD, plutôt que de rester chez Airbus, en CDI... En 2010 j’ai donc rejoint l’équipe ACOU du DSNA (aujourd’hui DAAA) et le pôle d’Eric Manoha, afin de travailler sur le développement des outils de simulation BEMUSE et SABRINAv0, pour évaluer les effets d’installation motrice sur l’acoustique des aéronefs. Puis, question d’opportunité toujours et faute d’une offre en CDI à l’ONERA, je suis rentré chez Snecma (aujourd’hui Safran Aircraft Engines) en 2011, en tant qu’ingénieur au département d’acoustique pour travailler sur un concept qui revoyait le jour : les moteurs à hélices contrarotatives (ou CROR en anglais). S’en sont suivies 10 années chez Safran Aircraft Engines, la période la plus pérenne pour moi, durant laquelle, j’ai croisé à nouveau le chemin de l’ONERA, notamment lorsque nous avons réalisé les campagnes d’essais aéroacoustiques sur la machine HERA à S1MA entre 2011 et 2014.
A l’époque j’avais travaillé avec Fabien Méry et Dominique Munier en particulier, et toute l’équipe d’ingénieurs et de techniciens de DSMA. La collaboration avec l’ONERA s’est à nouveau très bien passée, humainement et scientifiquement !

Que de changements, votre parcours est multiple, riche. Si l’on souhaitait chercher un fil rouge, ce serait l’acoustique ?

En partie seulement, c’est ma formation de base, mais pas totalement. Je dirais que le fil rouge c’est surtout d’apprendre ! Durant mes 10 ans chez Safran, j’ai poursuivi mon évolution, et je me suis tourné vers tout autre chose, à savoir un poste de Responsable de programmes de R&T en 2017. Ça peut paraître périlleux, mais je voulais glisser vers des fonctions de management et de pilotage pour développer de nouvelles facultés, et plus proche de la stratégie, en m’occupant du financement de projets. Et pour faire « avancer la recherche », il n’y a pas que la technique, savoir défendre un projet auprès d’interlocuteurs différents, partenaires comme financeur (la DGAC) est tout aussi important. Comment travailler avec un ingénieur de bureau d’étude, un chef de projet industriel, ou un institutionnel ? Quel niveau de langage adopter ? Comment se positionner ? J’ai vraiment dû sortir de ma zone de confort à ce moment-là, mais je ne le regrette pas. J’ai même enfoncé le clou en menant, en cours du soir, un MBA en Administration des Entreprises à l’IAE de Paris.

Vous n’avez donc jamais regretté d’avoir « quitté » votre métier d’ingénieur scientifique ?

Non jamais, car je suis toujours resté au contact des ingénieurs et du domaine technique et de la recherche, mais depuis une autre facette complémentaire. J’ai été un « pont », une « interface » pour de très beaux projets, notamment par la suite en tant que responsable des programmes d’évolution des moteurs LEAP-1A et LEAP-1B. Une expérience formatrice, et toujours de nouveaux interlocuteurs, là, le partenaire General Electric de Safran.

Participer à des projets dimensionnants, c’est peut-être aussi ça votre moteur ? C’est ce qui vous a amené à Bpifrance ?

Que ce soit grâce à ma casquette d’ingénieur, puis ma casquette de responsable de programme, c’est vrai que j’aime faire avancer les projets. Je change d’arme, mais je continue d’œuvrer pour la recherche ! Et j’ai bouclé la boucle avec cette dernière casquette qui m’a permis de découvrir la R&D côté financeur, en rejoignant Bpifrance en septembre en 2021…. Un côté utile à connaître !

Avec l’arrivée du New Space, il y a quelques années déjà, de nombreuses startups étaient en recherche de financements pour réaliser les développements de leur technologie, notamment les mini et micro-lanceurs. Mon périmètre d’action à Bpifrance englobait l’aéronautique et le spatial, un écosystème que j’ai donc découvert à ce moment-là, grâce au contact avec de nombreux entrepreneurs et par l’analyse technique et financière de leur dossier de demande de financements public… J’avais la responsabilité de mettre en œuvre les appels à projet du volet spatial de France 2030 pour le compte de l’Etat, en partenariat avec le CNES. Nous avons été extrêmement sollicités, ce qui m’a donné une bonne vision des innovations et technologies émergentes dans le spatial.

Qu’est ce qui vous a finalement amené à postuler à l’ONERA ?

J’ai croisé le chemin de l’ONERA à plusieurs reprises comme je viens de le raconter, mais je n’avais jamais eu d’opportunité d’embauche. En découvrant le poste de directeur de programme « Transport spatial », et la description des missions, qui incluent à la fois les lanceurs, la mobilité orbitale et la rentrée atmosphérique, j’ai tenté ma chance. Je me suis dit : j’ai à la fois la sensibilité scientifique nécessaire grâce à ma formation d’ingénieur originelle, la connaissance du milieu industriel pour comprendre ce qui est attendu de ce côté-là, l’expérience institutionnelle et financière acquise chez Bpifrance et finalement, une certaine connaissance du secteur spatial.

Vous êtes donc prêt pour ce poste dense ?

Je sais que je marcherai dans les pas de Gérard Ordonneau, dont l’immense compétence a laissé une aura plus que positive et surtout des dossiers clairs, sains, avec des interlocuteurs satisfaits de toutes parts.

Pour autant, je sais que j’ai du pain sur la planche, ce secteur étant directement concerné par les bouleversements géopolitiques actuels. J’aurai à cœur de repositionner l’ONERA comme centre de recherche incontournable pour la R&T du transport spatial. Pour cette mission, il faudra poursuivre les collaborations et les actions de coordination en cours, et en bâtir tant d’autres : en internes notamment avec mes collègues de la DTP/D, ainsi qu’en externe avec le CNES, le tissus industriel du New Space et des acteurs établis, et les différents organismes en charge des questions spatiales.

De beaux challenges politiques, mais d’un point de vue plus technologique ?

De façon générale, je veillerai à faire l’interface entre les besoins industriels et les capacités des moyens numériques et expérimentaux de l’ONERA, que je sais à la pointe de l’état de l’art. Mais je resterai en veille quant aux nouveaux besoins car l’anticipation est clé et il faudra être à l’écoute des industriels et des agences, qui pourraient également devenir nos clients et partenaires lorsque nous les aiderons à préparer le futur.

Concrètement, les sujets à traiter porteront sur l’évolution du banc Mascotte aux nouveaux enjeux de la propulsion pour le transport spatial  dont j’ai hâte de vanter les capacités, notamment pour aider à la recherche sur les moteurs à très forte poussée, la préparation du successeur d’Ariane 6 et des petits lanceurs qui doivent voler avant la fin de décennie, des technologies nécessaires à la réutilisation réutilisabilité, ainsi que des nouvelles solutions de propulsion satellite pour la mobilité orbitale. Vaste programme !

La liste des missions peut faire peur. Pour autant, je suis impatient d’œuvrer pour la belle maison qu’est l’ONERA, et je suis fier d’y avoir aujourd’hui ma place. Dans un tout premier temps, place à la « re »-découverte des départements scientifiques pour que je puisse m’approprier la feuille de route 8, et m’approprier autant que possible l’historique dont dispose mon prédécesseur.


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