Le plan ATP donne des ailes à nos souffleries stratégiques
Le plan ATP (Aero Testing Programme) a pour but de permettre à l’ONERA de conserver le leadership mondial des essais en souffleries et de répondre aux besoins expérimentaux en aérodynamique à grande échelle des prochaines décennies. Cette vision d’avenir, portée par Patrick Wagner, directeur des Souffleries, auprès des instances pourvoyeuses de financement et de soutien, est aujourd’hui également partagée par le ministère des Armées.
Les huit souffleries concernées par le plan ATP ont été identifiées dans le position-paper publié en 2012 par les principaux industriels civils et militaires européens du domaine aérospatial : Airbus, Airbus Military, Airbus Defence and Space (ex-Cassidian), MBDA, BAE Systems, et Dassault. Ils avaient alors milité pour le maintien et l’amélioration du parc de souffleries européen. Le groupe SAFRAN s’était également rendu solidaire de l’analyse faite par les autres industriels européens, tandis que la DGA avait aussi reconnu la pertinence de l’analyse pour répondre à ses propres besoins sur le long terme en matière d’essais en souffleries.
Paroles d'experts
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Marianne Lyonnet directeur de DSMA Modane
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Delphine Bonnaud directeur de DSFM Fauga Mauzac
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Yoann Vernat directeur du Département souffleries ingénierie et maquettes Châtillon
Assurer l'avenir des souffleries sur le long terme
Le plan ATP représente pour l’ONERA une opportunité unique de développements techniques majeurs pour l’avenir, ainsi qu’une remise à niveau des installations lui permettant de maintenir son activité à long terme.
D’un montant de 47 M€, hors production immobilisée, il s'étale sur six ans. Il concerne les souffleries S1MA, S2MA et S3MA de Modane et la soufflerie F1 du Fauga, ainsi que les souffleries spécialisées : BD2 (poussée des tuyères), S4B (calibration des Turbofan Propulsor Simulator) et S4A (très haut nombre de Mach, pour le spatial et la défense) à Modane. Des effets rebonds sont attendus sur les autres souffleries qui bénéficieront à terme des avancées techniques développées dans le cadre du plan ATP.
Une opération articulée autour de 26 projets
L'opération qui se déroulera de 2019 à 2024, est divisée en deux volets, et est composée de 26 projets, approuvés par la BEI. Le coût total de l'opération se monte à 63,5 M€, avec la répartition suivante : le développement des compétences, l’acquisition de nouvelles expertises pour un montant de 16,25 M€, et la remise à niveau des infrastructures d’un montant de 47,25 M€. Ces 63,5 M€ sont financés à hauteur de 47 M€ par la BEI pour la part concernant les achats, et 16,5 M€ sur ressources générales, pour l’acquisition de nouvelles compétences. En termes de task-force, il mobilisera environ 90 personnes sur 6 ans (15 par an à temps plein).
Bien évidemment, l’activité contractuelle sera maintenue en parallèle, et il faudra un effort programmatique important pour mener les 26 projets de front.
Ces 26 projets sont des projets individuels, cohérents avec l’objectif du plan, et menés par autant de chefs de projets, dont la coordination est confiée à Guy Boyet, adjoint au directeur des Souffleries. Dans ce cadre, la programmatique est essentielle pour assurer d’une part la vision d’ensemble du programme et d’autre part, pour prioriser les actions afin de parer à d’éventuels glissements de planning.
Avoir la possibilité d’investir aussi massivement dans les souffleries en une seule opération est une première. Pour la BEI, financer le plan ATP l’est également ! En effet, c’est la première fois que cet établissement accorde un prêt pour des projets à finalité duale alors que son activité est consacrée aux infrastructures, les PME-PMI, l’environnement et le climat, mais également à l’innovation et aux compétences. L'ONERA informera progressivement la BEI de l'avancement du plan justifiant ainsi son financement.
Par ailleurs, il faut noter que de tels investissements n’auraient pas été possibles en volume et en échelle de temps avec les financements usuels (programme d’investissement ONERA, programmes étatiques ou encore régionaux).
Des projets d’envergure
Ils seront menés au bénéfice des centres de Modane et du Fauga, mais aussi du département DSIM, avec des chantiers spécifiques pour chacun des centres et des chantiers communs, comme la rénovation des chaînes d’acquisition ou encore la modernisation des systèmes informatiques des 8 souffleries stratégiques.
ATP est un effort de grande ampleur, à la fois financier et opérationnel, dont les objectifs essentiels sont de conserver, améliorer et donner des perspectives à l’outil de travail. Les grandes souffleries de l’ONERA y gagneront en disponibilité, réactivité, productivité, et qualité.
En outre, la direction des souffleries s’appuiera sur la direction des achats et celle des programmes d’investissement, pour lesquelles le plan ATP représente également un challenge en termes d’activité.
Retrouvez ici la liste des projets et la mise en lumière de quelques-uns dans la rubrique Paroles d’Experts et dans la rubrique Dans Les Rouages qui leur est consacrée.
Paroles d'experts
Des méthodes innovantes au service du besoin client
Le plan ATP comporte un volet dédié à la construction des compétences et des expertises nouvelles de DS, afin d’améliorer la valeur ajoutée pour les clients des souffleries et répondre aux besoins futurs des acteurs du domaine aéronautique.
Ce développement de méthodes repose sur 4 volets :
Les formules aérodynamiques du futur
Cela concerne toutes les études sur l'intégration motrice initiées avec E2IM et la configuration NOVA, en liaison avec les feuilles de route sur la BLI (boundary layer ingestion ou ingestion de la couche limite) menées conjointement avec les départements scientifiques. Ces études demandent de créer des bancs spécifiques et des méthodes de caractérisation des écoulements complexes permettant une compréhension plus fine et plus détaillée. L’enjeu final est notre capacité à réduire notablement la consommation des avions en carburant.
La maîtrise du bruit des aéronefs
Qu'il soit émis ou perçu, il y a beaucoup de problématiques sur cette thématique forte, soutenue par des financements parallèles, par exemple pour l’implantation dans le coude de S1MA de liners acoustique, développés et réalisés dans le cadre de la convention Ramses. La capacité à réaliser des essais acoustiques en veine fermée est un enjeu majeur pour DS et l'acoustique est une base de ressourcement pour le plan ATP.
La prise en compte des effets dynamiques
Cette prise en compte sert la sécurité des vols, la réduction de la consommation via l’optimisation des trajectoires de décollage, et accompagne les recherches sur les dispositifs de contrôle d’écoulement (Wireless, PSP dynamique, PIV à S1MA).
Les outils de simulation
Les clients visent deux objectifs primordiaux, la réduction des marges à la conception et la réduction des cycles de conception : DS se doit ainsi d’améliorer les outils de conception et de simulation pour une meilleure transposition au vol. Pour ce faire, il manie en permanence le dialogue numérique et expérimental.
Sur les configurations classiques, le retour apporté par les essais en vol a permis de pallier aux imperfections des codes et des essais en soufflerie. L'idée est d’explorer les possibilités offertes par les méthodes d’assimilation de façon à s'attaquer à des configurations nouvelles pour lesquelles nous n'avons pas encore de retour d'expérience.
Verrous scientifiques ?
Dans ATP, nous travaillons sur des sujets à des TRL différents. Certains sujets sont très matures et vont évoluer de manière incrémentale, comme l'amélioration de la précision ou de la densité des informations. D’autres, comme le projet Wireless, les travaux sur l’assimilation, ou le développement des bancs pour la BLI et l’étude des nouvelles configurations, présentent de véritables ruptures technologiques. Il y a tout à explorer, à modéliser et à caractériser sur ces configurations dont nous ignorons le comportement. Un important travail scientifique est à mener avec les départements pour comprendre les phénomènes physiques qui y sont liés.
Le développement des méthodes expérimentales a toujours constitué une compétence clé des souffleries de l’ONERA (instrumentation, corrections des biais souffleries, méthodes optiques …). Les souffleries bénéficient de l’apport de DSIM au quotidien et des départements scientifiques. Contrairement à certains « souffleurs » concurrents, nous vendons de l’expertise au meilleur niveau mondial en plus des capacités de nos souffleries.
Être innovant est un vrai atout, car il existe une vraie concurrence dans le domaine des souffleries aéronautiques. Renforcer l’attractivité de nos installations en améliorant la valeur ajoutée pour nos clients est un enjeu majeur. En général DS est précurseur pour la mise en place de méthodes, que nos concurrents ne tardent pas à copier. Par exemple, actuellement, nous sommes les seuls à proposer de la PSP dynamique.
Équipes impliquées, clients, partenaires
A Modane, la préparation du futur et le développement de méthodes se déroule en premier lieu dans l’unité G2IM, avec des développeurs spécifiques (environ 7 personnes). Nous travaillons également avec des partenaires extérieurs : le CEA/LETI pour Wireless et le CSEM pour la PSP dynamique. Une fois le développement validé, les nouvelles techniques de mesure sont transférées dans les unités opérationnelles à Modane et au Fauga, pour être appliquées aux essais.
Nous travaillons de la même manière sur le banc BEIR BLI (banc étude intégration motrice) avec les départements scientifiques impliqués. Nous devrons, dans un premier temps, mettre au point les méthodes et démontrer les gains escomptés sur ces nouvelles configurations. Si les résultats sont prometteurs, nous les mettrons à disposition de nos clients, afin qu’ils utilisent ce banc pour concevoir de nouveaux avions.
D’une manière générale, DS améliore notablement la connaissance retirée d’un essai en soufflerie, en offrant un plus grand nombre d'informations, plus précises, plus denses, avec un contenu fréquentiel augmenté (efforts, champ de pression statique et dynamique à la surface de la maquette, caractérisation grâce à la PIV du champ de vitesse à l'aval de la maquette et accès à la répartition des sources de traînée).
Nous sommes passés d'une situation où les essais fournissaient essentiellement des mesures globales (efforts aérodynamiques) ou parcellaires (pressions locales) à une caractérisation détaillée des écoulements à la surface et autour des maquettes par différents moyens. La complexité et l’intérêt partagé en sont accrus : une analyse fine des écoulements est possible avec une prise en compte de la physique réelle des phénomènes, ouvrant la voie à une véritable convergence entre simulation numérique et expérimentale.
Le plan ATP a été conçu pour répondre aux besoins futurs des utilisateurs des grandes souffleries. Issus de la vision portée par l’ONERA, et nourris par l’écoute client développée depuis de nombreuses années, les objectifs de développement définis par l’ONERA sont largement partagés par les industriels du secteur. Qu’il s’agisse de la mise en place de nouveaux bancs ou de nouvelles méthodes d’essais, tous ces investissements répondent in fine à un besoin client.
Pour F1, de nouvelles infrastructures
« De premier rang mondial, la soufflerie F1 est la seule concernée par le plan ATP au Centre du Fauga-Mauzac, mais la soufflerie F2 en bénéficiera aussi indirectement », indique Delphine Bonnaud. De nombreux avionneurs de par le monde y étudient les domaines de vol de l’atterrissage et du décollage, phases complexes.
Optimisation et maintien en conditions opérationnelles de F1 …
Agée d’un peu plus de quarante ans, F1 doit être maintenue en conditions opérationnelles, et optimisée pour rester concurrentielle et performante au niveau mondial, voire pour développer plus encore son attractivité. En effet, ces dernières années, les investissements ou ré-investissements sont massifs en Chine ou aux USA. « Nous devons rester compétitifs et maintenir nos points forts et en développer d’autres, pour rester au premier rang mondial. Pour cela, plusieurs projets d’envergure sont au programme ATP, du point de vue infrastructure, méthodes et moyens », précise-t-elle.
Une simulation optimale des phases de décollage et atterrissage lors des essais, nécessite la pressurisation de F1 par deux compresseurs basse-pression, qui datent de sa construction. Ils permettent d’obtenir les bons paramètres de similitude, et notamment d’augmenter le nombre de Reynolds, diminué par ailleurs par le facteur d’échelle des maquettes. L’arrêt de l’un de ces compresseurs, en cas de panne sévère, contraindrait F1 à un arrêt prolongé, entraînant une lourde perte d’exploitation et de réputation.
De même, F1 est maintenue en température par un ensemble de 6 tours auto-réfrigérantes datant de 1978. Leur changement améliorera la sécurité des installations et des collaborateurs (prévention des risques de légionellose et sécurité des opérations de maintenance).
La veine de F1, élément central de la soufflerie sera également rénovée dans le cadre de ce programme.
F1, sera aussi équipée d’un plus grand nombre de voies de mesures pour des essais d’une capacité et d’une précision supérieure et d’un nouveau système informatique grâce à des projets communs à l’ensemble de DS.
… Et des projets « Méthodes » ambitieux
Delphine Bonnaud poursuit : « le DSFM est aussi impliqué dans le développement de méthodes, comme par exemple dans la recherche de nouvelles voies de conception des aéronefs par assimilation de données expérimentales et numériques ». Celui-ci s’appuiera sur les développements menés par les départements de l’ONERA dans la continuité de PRF. Dans le projet ATP, une campagne sur maquette complète en basse vitesse dans la soufflerie F1 est ainsi prévu pour alimenter ces études et tester ces méthodes sur des configurations complexes. C’est avec cette convergence entre données numériques et expérimentales. « Ceci pourrait permettre de diminuer le processus de conception des avions, et de proposer à terme à nos clients une offre différenciante par rapport à la concurrence », conclut Delphine Bonnaud.
DSIM, une ressource indispensable du plan ATP
DSIM exerce des activités qui peuvent s’apparenter à une fonction de développement et de support auprès des centres de Modane et du Fauga : conception mécanique et réalisation de bancs d’essai, de balances, de maquettes motorisées et gestion de grands projets. « Dans le cadre du plan ATP, il sera à plusieurs titres une ressource indispensable ; à la fois dans le cadre des projets de modernisation des infrastructures, mais aussi pour les besoins des développements méthodologiques destinés à améliorer les techniques d’essais en soufflerie », précise Yoann Vernat.
À titre d’exemple, le service d’ingénierie de projets (IPS) interviendra sur des sujets dont une partie des activités seront sous-traitées. Ils s’inscrivent dans le cadre de la modernisation des installations afin d’améliorer leur disponibilité au bénéfice des clients, comme la mise en service du nouveau compresseur basse pression pour la soufflerie F1 et ses servitudes, et la réalisation d’un jeu complet de pales de rechange des ventilateurs de S1MA.
Mettre en œuvre de nouvelles techniques d’essais
Outre le soutien habituel apporté par DSIM, ce dernier aura l’occasion de développer des techniques dans le cadre de plusieurs projets du plan ATP – (dont les maîtrises d’œuvre seront confiées à des ingénieurs du département) –, comme l’étude et la réalisation de motorisations de maquettes à DMS (service Dispositifs et Maquettes Spécifiques) ou encore le développement par BES (service des Bureaux d'Etudes pour Souffleries) de différents types de balances de mesure.
« Par ailleurs, le savoir-faire technique de DSIM qui sera mis en jeu dans le cadre de ces projets de développements méthodologiques est très important », souligne Yoann Vernat. Il insiste également sur l’aspect collaboratif du plan ATP et la nécessité de travailler en équipe. En effet, les développements se feront nécessairement en étroite collaboration avec les souffleries, dont la maîtrise des aspects acquisition et instrumentation, par exemple, constitue un apport indéniable ; le projet – de maîtrise d’œuvre IPS – de développement de métrologie optique (PIV à S1MA) en est une illustration.
« Le plan ATP est une opportunité remarquable dans la préparation du futur de la Direction des Souffleries », poursuit Yoann Vernat. Il s’intègre dans une cohérence globale avec les activités déjà menées à DSIM depuis plusieurs années, sur des projets de préparation du futur des essais en soufflerie.
Des projets et des équipes
Tous passionnants et représentant des défis techniques, les projets du plan ATP représentent un véritable challenge en termes de ressources humaines, de gestion et de planification, en tenant compte des activités contractuelles des essais qui vont continuer en parallèle. Le département est habitué à piloter des études complexes et contraintes. « Enfin, dans la majorité des cas des projets ATP de DSIM, ce sont de jeunes ingénieurs qui assureront la gestion de ces projets de grande envergure, constituant ainsi, pour ces collaborateurs, une belle opportunité de monter en compétences », conclut Yoann Vernat.
